Le "look" du formateur - Corps, identité et appartenance sociale -2

Publié le 30 mars 2011 par Christophebernard

"Look" du formateur et enjeu en formation (épisode 2 de ma recherche sur la question)

''LOOK'' ET SOCIETE

Avant-propos

Il convient tout d'abord de préciser ce que nous entendons par ce terme anglo-saxon à la mode, à savoir le mot "look". Il s'agit pour moi de la façon de modeler, d'habiller son corps, de prolonger son aspect physique, de se donner une apparence, de s'offrir à la vue des autres. Le terme "look" fait référence aux notions françaises "allure", "air", "figure", "abord". Il ne s'agit donc pas d'une définition statique, mais plutôt de toute une dynamique comportementale.

  

 LE CORPS

Il est a priori inutile de justifier une réflexion sur le corps : la vie nous l'impose. Toutefois, dans le cadre de la formation, on peut dire qu'il y a sublimation du corps dans la mesure ou celui-ci n'est plus une sphère de plaisir autonome, mais un instrument ou un outil de mise en scène. En effet, ce corps, que l'on considère comme l'empreinte originelle de notre individualité, est façonné dès la naissance par la société. Notamment, il existe pour chaque société des normes d'attitudes vis à vis du corps : par exemple la façon de marcher, de se saluer... d'enseigner ? En outre, il faut "souligner son ouverture et sa fonction de médiation sociale"(2). Il faut souligner le rôle du regard dans cette médiation, ainsi, la façon de présenter son corps dépend beaucoup du regard d'autrui, et surtout de la façon dont il nous renvoie notre propre image. Cette remarque prend plus de sens encore en formation, puisque le formateur doit affronter seul plusieurs formés.

"La valorisation sociale du corps, pour le regard, se manifeste dans sa morphologie apparente dessinée par le vêtement" (3).

LE VETEMENT. LA MODE

Le vêtement constitue un symbole très significatif de la réalité sociale : "selon qu'il cache le corps ou qu'il attire l'attention sur lui, il permet de déceler ( ... ) l'attitude adoptée envers la corporalité" (4). En ce sens, le vêtement peut être considéré comme le prolongement du corps.

Les fonctions et les significations du vêtement sont nombreuses. Au delà de son utilité matérielle (rôle protecteur contre les intempéries. les coups, blessures etc...), le costume satisfait à d'autres exigences : désir de représentation, désir de faire valoir son autorité, désir d'identification à un groupe, à une société, volonté de se distinguer des autres, souci de plaire... La protection du vêtement s'étend aux organes sexuels qu'il a pour fonction de dissimuler mais, ce faisant, sous prétexte de la pudeur, il favorise en réalité l'érotisme excité par le mystère. Selon Oldendorff, c'est ce qui tend à indiquer que la façon dont la femme ressent la corporalité sociale est différente de celle de l'homme. Le vêtement est d'ailleurs "ouvert pour les premières et fermé pour les seconds" (5), mais l'adoption par les femmes du collant et du pantalon a bouleversé l'ordre établi.

Devenu un élément très important de l'économie des sociétés occidentales du XXème siècle, le vêtement est maintenant voué au renouvellement perpétuel, pour lequel ses créateurs entretiennent, avec l'aide des médias, des modes auxquelles peu de gens osent finalement se soustraire. Au XXème siècle, la mode s'est adaptée aux nouvelles conditions de vie féminine. Ainsi, la libération de la femme a conduit la mode féminine à tendre vers un style "masculin". Mais l'égalisation entre les sexes pousse aussi l'homme à rechercher des vêtements qui le mettent en valeur...

Quant aux uniformes, civils ou militaires, ils renseignent le public sur le genre de pouvoir du porteur de cet attribut. Il permet aux membres d'une même  armée, aux fonctionnaires d'une même administration, de se reconnaître entre eux. La marque de la supériorité hiérarchique est alors exprimée par le port d'une distinction supplémentaire.

IDENTITE ET APPARTENANCE SOCIALE

Du point de vue psychanalytique et psychosociologique, l'entité individuelle est mise en cause par le social (6), les relations sociales sont des conséquences comportementales de la façon dont on obtient la reconnaissance. Il y a une logique d'acteur individuel, et Sainsaulieu adhère à l'idée selon laquelle il y a un lien entre pratiques sociales et personnalité, il propose d'articuler cette liaison : "autour des concepts de pouvoir social libérés par les structures de l'organisation, conflit dans les relations interpersonnelles et identité du sujet ou sa capacité de raisonnement est mise en cause et en jeu par le processus conflictuel d'accès à la reconnaissance sociale"

Il cite également M. Dufrenne(7) :

"La personnalité de base évoque une certaine configuration psychologique particulière, propre aux membres d'une société donnée et qui se manifeste par un certain style de vie sur lequel les individus brodent leurs variantes particulières".

Jean Maisonneuve (8) décrit quant à lui l'aspect paradoxal de la notion d'identité. Elle désigne à la fois ce qui rend semblable et différent, unique et pareil aux autres. C'est à travers des mécanismes d'assimilation et de différenciation que chacun construit son identité. Elle est un ressort fondamental de la reconnaissance sociale. En ce sens,  il n'y a pas de look neutre. Par son look, un individu va affirmer une appartenance à des idées, ou essayer au contraire de les masquer (9). Par son look encore, on se démarque par rapport à un groupe, ou au contraire on s'y intègre. En bref, une identité transparaît à travers le look, car il sert la volonté d'identification à un groupe et témoigne donc d'une adhérence à un système de valeurs, de normes et d'idéologies (10).

Voici un premier schéma qui illustre une première vision des interactions entre les trois éléments fondamentaux du problème :

Une approche du problème consisterait à reprendre le schéma ci-dessus en le transposant à l’identité du formateur et au look du formateur, et à voir ensuite quelles interactions existent entre look et valeurs, toujours dans le cadre de la formation.

2 Le corps, Michel BERNARD. Editions universitaires, 1976.

3 Le corps, Michel BERNARD, Editions universitaires, 1976

4 Corps, sexualité et culture, A. Oldendorfl, Bloud et Gay, 1969

5 Grand Quid illustré, rubrique "vêtements", Ed Robert Laffont S.A, Paris, 1982

6 L'identité au travail, Renaud Sainsaulieu, Presses de la Fondation nationale des Sciences Politiques, 1977

7 La personnalité de base, un concept sociologique, Mikel Dufrenne, Paris, PUF, 1953

8 Introduction à la psychosociologie, Jean Maisonneuve, PUF,  1993

9 La mise en scène de la vie quotidienne, tome 1 : ''La présentation de soi", Erving Goffman, Les éditions de minuit

10 Les différences entre ces différentes notions sont établies précisément dans Identité au travail  de Renaud Sainsaulieu, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977

Vers l'épisode 1

... réflexion à suivre prochainement ici..