Candidats, recruteurs et médias sociaux : vive les zones grises !

Publié le 07 juillet 2012 par Thierry Delorme @Thierry_Delorme

Facebook dans la réalité

Il me semble que les présences sociales, en général, mais aussi le recrutement sur les médias sociaux, participent de l’émergence des nouvelles zones dites « grises », ces zones qui combinent et mélangent  vie privée et vie publique, vie personnelle et vie professionnelle. 

Je ne suis ni pour, ni contre cette évolution et je ne sais même pas s’il y a lieu d’en débattre (La CNIL et d’autres s’en chargent… ou essaient !). D’ailleurs, ces notions de frontières sont aussi liées à l’âge des utilisateurs parfois plus présentes à l’esprit des « anciens » qu’à celui des « digital natives ». A ce sujet, je vous invite à lire le bouquin de Jean-Marc Manach aux éditions FYP : «  La vie privée, un problème de vieux cons ? ».

Toutefois, je souhaitais mettre en évidence ici 2 ou trois tendances de nos vies numériques géo-localisées de candidats ou de recruteurs. Petit retour en arrière…

Au début était le réseau social des individus privés qui échangent des données personnelles. Facebook, vous l’aviez reconnu, mais d’autres aussi, se sont ouverts aux entreprises (il faut bien monétiser…) et les premiers débats sur les données personnelles et sur l’espace public sont arrivés aussi.

Quant au recrutement, peu présent pendant longtemps, il se développe sur Facebook notamment (sur Pinterest, on a le temps…) avec le soutien de tous : les pure players de type Work4us ou Ohmyjob, les jobboards comme  Monster avec Beknown ou  Carrerbuilder avec Branchout. Pour les candidats comme pour les recruteurs, l’étanchéité de(s) l’identité(s) numérique(s) vacille ! C’est ainsi qu’apparaissent de nouveaux profils purement « professionnels » sur le réseau car le réseau n’aime pas les faux profils, qu’on se le dise... Tentative vaine de recréation de frontières ?

Le cas Twitter ensuite ! Le plus professionnels des sites privés de micro blogging. Aviez-vous remarqué cette fâcheuse tendance de nombreuses bio ou tweet qui finissaient souvent par  #MTAMO (My Tweets Are My Own)  ou «  cela n’engage que moi » en français dans le texte ? Heureusement, cette mention est en voie de disparition car elle est difficilement tenable ! Certes, elle prémunit du retweet intempestif de 140 caractères séduisant qui conduisent vers un contenu moins séduisant, mais elle contredit une des finalités de l’usage qui consiste à développer son influence et la visibilité de ses propos : Ce que je dis n’engage que moi, mais j’espère (secrètement ou égoïstement) qu’il sera partagé par le plus grand nombre et qu’il devienne le plus public possible ! Heureusement encore, les comptes recruteurs nous épargnent cette mention inutile. Quant aux candidats potentiels, nul n’est besoin qu’ils précisent que ce CV est bien le leur…Quoi que.

Alors Twitter, perso, pro, public, privé ?

Viennent ensuite les réseaux professionnels. Là c’est clair ! C’est professionnel. Euh… A bien regarder ma page d’accueil, mon fil d’ «update» m’en append toutefois beaucoup (et pas que professionnellement naturellement) sur mes contacts. Et de nombreuses actualités ou informations sont déjà mutli-diffusées par le biais d’application au discernement douteux (mais au joli nom 2.0) : je publie sur Facebook, Twitter, Google + et mes réseaux pro par la grâce d’un clic unique et de quelques cases à cocher. Disparition totale des frontières ou super-gestion des identités numériques ?

De ces interconnexions sont sans doute nées les nouvelles craintes des candidats : le recruteur va-t-il passer sa journée à scruter mes présences numériques et tombera-t-il sur une information susceptible de remettre en cause les contacts que nous avons initiés ? Les espaces de libertés et de nouvelles conversations des médias sociaux ne sont-ils pas en train de devenir les nouveaux espaces où il fera bon ne rien dire de trop ? Et ce qui est valable pour un candidat l’est aussi pour un recruteur… qui pourrait bien se retrouver dans une posture de candidat tôt ou tard…

Mais finalement, ces espaces virtuels et numériques ne font que reproduire des comportements éminemment humains. Hanna Arendt,  dans  « la Condition de l'Homme moderne » (1958) posait déjà le débat des sphères publiques et privées et annonçait l’avènement du social qui entraînerait  la disparition de la sphère publique et de la sphère privée et notre intérêt avéré pour le domaine privé. Pour conclure, je me permettrai un conseil aux candidats (un de plus). Non pas dans la gestion de leur identité numérique car si la quête de visibilité est importante pour être remarqué, n’oubliez jamais qu’on ne vous choisira que si vous êtes remarquable ! Personal branding et e-réputation ne remplaceront jamais pertinence de votre candidature au regard des compétences demandées ! Et tant pis pour les zones grises, pourvu que l'avenir soit rose !