Lien social et performance sont inséparables

Publié le 12 octobre 2012 par Olivier Guérin @oguerin

Quels sont les composants d’une société durable, d’une civilisation, ou d’une entreprise ? C’est ce à quoi l’Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence Sociale (ODIS) a tenté de répondre dans un rapport publié récemment. J’ai assisté hier à une conférence passionnante de Jean-François Chantaraud, le fondateur de l’ODIS, et je pense qu’on peut appliquer le constat qu’il a fait au niveau des pays à différents niveaux de la société comme le monde de l’entreprise.

Sa démonstration est limpide, elle est basée sur des études qui s’étalent sur plusieurs années et sur des données fournies par l’OCDE, l’ONU ou d’autres institutions internationales et locales : il y a une corrélation évidente entre la performance d’un pays et son lien social. Plus le lien social d’un pays est élevé, plus la performance est élevée, et il est intéressant de noter que l’inverse est exact également. Comme le montre les graphiques, le constat est sans appel : il n’y a pas de performance économique pérenne sans cohésion sociale, et il n’y a pas de lien social solide sans performance. Schématiquement, comme le note Marie-Anne Kraft dans Mediapart, nous pourrions dire qu’« alors que la droite priorise la performance économique et la gauche la solidarité, le lien social, le vivre-ensemble, selon un clivage libéralisme/socialisme, cette étude révèle que les deux sont très liés ». La voie n’est donc ni exclusivement sociale ni exclusivement libérale, la voie est médiane.

Les indicateurs retenus pour mesurer le lien social incluent – entre autres – le taux d’inscription à l’école primaire, la proportion de femmes dans les parlements nationaux, la migration nette, le nombre d’utilisateurs Internet pour 100, la dispersion des revenus, la proportion de jeunes au chômage ou le taux d’homicides volontaires. Pour mesurer la performance, les indicateurs retenus incluent entre autres la croissance du PIB, le taux de chômage, le nombre de nouvelles entreprises enregistrées, les demandes de brevets (rapporté au nombre d’habitant), l’espérance de vie à la naissance, ou le classement des universités.

Il est intéressant de noter que la plupart des pays qui réussissent à « performer » alors qu’ils ont un lien social mauvais sont principalement des pays qui possèdent des ressources naturelles importantes (notamment les pays du Golfe), mais que se passera-t-il lorsque celles-ci seront définitivement taries ? La France se situe au 25e  rang de ce classement, les Etats-Unis sont mal classés au 39e rang, la Grèce également bon dernier du classement en Europe. Les pays les mieux classés sont en général européens et scandinaves, quoique la Suisse ou Singapour se trouvent dans le haut également.

Ce classement mondial fait suite à un classement européen en 2007 qui fait lui-même suite à un classement régional en 2004, et dont les résultats montrent une corrélation similaire. Que peut-on en tirer pour les entreprises ? Il serait facile de leur appliquer des indicateurs proches, et la conclusion indiquerait vraisemblablement la même chose. Une entreprise peut certes performer à court terme, vivre sur des brevets, inventions ou un personnage charismatique qui lui donne un avantage concurrentiel, mais sans un vraie partage social, qu’en sera-t-il dans 10 ans ? Une entreprise comme Apple, qui s’est développée sur la vision et autour d’un seul homme, survivra-t-elle la deuxième disparition de son fondateur (elle a failli ne jamais se remettre de sa première) ? Certains signes de déstabilisation amènent à se poser la question : mouvements sociaux dans l’entreprise, tensions sur les fournisseurs chinois, conflits juridiques avec ses partenaires, ou créativité en baisse.

Aujourd’hui les entreprises ne peuvent plus faire l’économie de dirigeants qui ont compris l’enjeu humain du développement de leur activité. Celles qui s’évertuent à garder des dirigeants despotes qui voient le fonctionnement de leur activité qu’à travers le prisme d’un rapport de force sont probablement vouées à décliner pour ensuite disparaitre.

  • Par Olivier Guérin
    Coach et spécialiste en transition de carrière et personal branding, je publie sur plusieurs réseaux sociaux et médias collaboratifs. Pour en savoir plus sur mes services ou pour un coaching personnalisé, rendez-vous sur elevancecarriere.com