Saga d’une levée : pourquoi doit-on lever des fonds ?

Après avoir répondu en début de semaine à Que signifie lever des fonds ? puis Quand peut-on les lever ?, je vais tenter de répondre à une question qui m’a un peu étonné, bien que très justifiée : Pourquoi doit-on lever des fonds ?

Pourquoi lever

C’est tellement ancré en moi comme une évidence que je n’avais pas verbalisé cette évidence : lever de l’argent, c’est un devoir pour un entrepreneur aujourd’hui. Je dirais même plus - je joue aux Dupont à moi tout seul :-) c’est un triple devoir :
•   Un devoir vis-à-vis de ses actionnaires,
•   Un devoir social vis-à-vis de ses collaborateurs,
•   Un devoir vis-à-vis de son pays dont on a reçu aide et accompagnement pour créer son entreprise.

  1. Vis à de ses actionnaires qui apportent un capital, le premier élément du passif de l’entreprise. Le passif c’est finalement ce que doit l’entreprise à ses actionnaires. En face il y a les actifs : la R&D, la clientèle, la position sur le marché, la marque et bien entendu l’équipe. Le chef d’entreprise moderne (il est loin le temps où l’on créait seul l’entreprise familiale qui se transmettait de génération en génération) convainc souvent un ou plusieurs associés actifs de se lancer dans l’aventure et recueille parfois des fonds auprès de proches.
    Il a une dette envers ces gens. Il ne peut pas se contenter de dire « j’ai fait grandir mon entreprise, je me verse un bon salaire, on ne distribue pas les bénéfices car on s’en sert pour grandir, la boite n’a pas beaucoup de valeur car elle repose à 100% sur ma personne ».
    Ce ne serait pas honnête vis-à-vis des actionnaires.
    Le métier du chef d’entreprise moderne c’est de créer de la valeur, non pas simplement pour lui en s’assurant une rente de situation, mais pour ses actionnaires.
    Lever de l’argent, c’est donc valoriser son entreprise, faire qu’à un instant T des tiers vont apporter de l’argent qui va avoir deux mérites : permettre de grandir encore plus vite et donner un prix à l’entreprise.
  2. Vis-à-vis de ses collaborateurs. D’abord c’est un pré-requis pour attirer les meilleurs talents. Les talents ne viennent pas dans une entreprise qui stagne ! Les talents rejoignent les entreprises qui ont une histoire à écrire. Et ces talents, il faut d’abord les convaincre, les recruter puis ensuite leur offrir des opportunités de s’exprimer. Leur donner les moyens R&D de développer les meilleurs outils, les moyens de concevoir l’architecture matérielle optimale, de pouvoir recruter à leur tour les meilleurs collaborateurs. Quand on a une vraiment bonne idée, il faut l’exécuter au mieux et au plus vite. Ou alors, elle sera exécutée ailleurs !
  3. Vis-à-vis de son Pays. J’en imagine déjà sursauter et d’autres ouvrir de grands yeux.
    La France est à la fois un pays où les charges sociales et fiscales qui pèsent sur les entreprises sont monstrueuses (je pèse mes mots), mais c’est aussi un pays où chaque créateur d’entreprise est très généreusement aidé.
    Il est donc judicieux, et même, indispensable de profiter de toutes les aides possibles et imaginables pour créer son entreprise. Mais au bout de quelques années, l’heure des comptes finit toujours par arriver.
    Les avantages offerts (jeune entreprise innovante, Zone Franche Urbaine, Crédit d’Impôt recherche, OSEO, Investissement ISF/TEPA) doivent pouvoir être rapportés au coût de l’emploi non créé, c'est-à-dire au coût du chômage.
    Si je me réfère à l’excellent article de feu Jacques Marseille sur ce sujet, on y apprend qu’un chômeur coûte 50K€/an, soit le triple du revenu annuel d’un français.
    Divisons cela par 2 pour modérer les propos.
    Cela signifie qu’une entreprise qui a reçu 300.000 euros de fonds TEPA doit avoir créé 12 emplois et les maintenir. Si elle se contente d’embaucher 4 ou 5 personnes, alors les fonds, qui sont apportés par les Français (il s’agit bien d’impôts non payés par les investisseurs ou de contributions non réglées par l’entreprise), ne sont pas utilisés correctement et c’est clairement un abus du système.
    Chez Oxatis, nous avons bénéficié de certaines aides, par exemple nous sommes en Zone Franche Urbaine et nous avons dû embaucher un tiers de nos collaborateurs dans la Zone, bien nous en a pris d’ailleurs (je les en remercie).
    Nous avons créé 40 emplois et nous n’avons pas reçu 40x25.000 soit 1M€ de la part de l’état.
    Chaque emploi créé l’a donc été de façon économique pour l’état, justement parce que nous avons levé de l’argent pour financer notre croissance.
    Le coup de pouce de départ a été le bienvenu, oui, mais la perfusion à vie non !

Voilà les raisons pour lesquelles, oui, c’est un triple devoir de lever des fonds. 
Sous réserve, ça va de soi,  de les utiliser bien !
Ce qui m’amène sans transition à demain, dernier volet de cette saga : Pour en faire quoi, de ces fonds ?


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